Vous venez de raccrocher et vous réalisez que quelque chose ne va pas. Les premières choses à faire sont précises : bloquer votre carte, alerter votre banque par écrit, déposer plainte. Et la bonne nouvelle, c’est que la loi vous protège, même si vous avez communiqué vos codes sous pression. Voici exactement comment réagir.
🔐 Ce qu’il faut retenir
Opposition immédiate
Appelez le 0 892 705 705 pour bloquer votre carte sans attendre.
Remboursement légal
L’article L133-18 oblige votre banque à rembourser les opérations non autorisées.
Vous n’êtes pas fautif
Avoir été trompé par un numéro officiel ne constitue pas une négligence grave.
Ce qui vient de vous arriver (et pourquoi vous n’y êtes pour rien)
La fraude au faux conseiller bancaire repose sur une technique appelée spoofing téléphonique : l’escroc usurpe le numéro officiel de votre banque, qui s’affiche sur votre écran exactement comme un vrai appel. Ce n’est pas de la négligence de votre part que d’avoir décroché.
L’escroc dispose déjà d’informations sur vous avant même d’appeler : votre nom, votre numéro de compte, parfois les quatre premiers chiffres de votre carte. Ces données proviennent de fuites, de phishing ou d’un piratage antérieur. C’est ce qui rend l’appel si convaincant.
Le piège central à comprendre : valider un code reçu par SMS ou appuyer sur « confirmer » dans votre application bancaire n’annule rien. Cela autorise l’opération. Les escrocs le savent et construisent tout leur discours autour de cette confusion. Des milliers de personnes tombent dans ce piège chaque année, quel que soit leur niveau de prudence habituel.
Les 6 actions à faire dans les premières heures
Chaque heure compte. Plus vous agissez vite, plus vous avez de chances de bloquer les fonds avant qu’ils ne soient définitivement transférés. Voici les six étapes à suivre dans l’ordre.
1. Faire opposition immédiatement
C’est la priorité absolue. Appelez votre banque pour bloquer votre carte et tous les moyens de paiement potentiellement compromis. Si vous n’avez pas le numéro sous la main, le serveur interbancaire d’opposition est disponible 24h/24 et 7j/7 au 0 892 705 705. N’attendez pas d’avoir accès à votre espace en ligne.
2. Alerter la banque par écrit
Après l’appel téléphonique, confirmez tout par courrier recommandé avec accusé de réception. Indiquez la date, l’heure, le déroulé de la conversation, les montants concernés. Formulez explicitement votre demande de remboursement dans ce courrier. Conservez une copie de chaque échange, y compris les emails et les confirmations d’envoi.
3. Relever toutes les opérations frauduleuses
Consultez vos relevés de compte sans attendre. Notez chaque opération suspecte : montant, date, référence du virement, coordonnées du compte bénéficiaire si elles apparaissent. Ces éléments constituent vos preuves principales pour la suite des démarches.
4. Sécuriser vos accès numériques
Changez immédiatement vos identifiants et mots de passe, en commençant par votre espace bancaire, votre messagerie et votre téléphone. Si l’escroc vous a demandé d’installer un logiciel pendant l’appel (AnyDesk, TeamViewer ou similaire), désinstallez-le sans délai et effectuez un scan complet de vos appareils pour détecter tout accès à distance encore actif. Activez la double authentification sur tous vos comptes sensibles.
5. Rassembler les preuves
Réunissez tout ce qui documente l’arnaque. Les éléments utiles à conserver sont les suivants :
- Numéros de téléphone appelants
- SMS et emails reçus avant, pendant et après l’appel
- Captures d’écran de l’application bancaire
- Relevés bancaires avec les opérations frauduleuses identifiées
- Coordonnées des comptes bénéficiaires des virements, si disponibles
6. Déposer plainte
Rendez-vous au commissariat ou à la brigade de gendarmerie pour déposer une plainte pour escroquerie. Conservez précieusement le récépissé : votre banque pourra vous le demander pour instruire votre demande de remboursement. Vous pouvez également signaler les faits sur Perceval (fraudes par carte bancaire) et sur la plateforme THESEE (escroqueries numériques), sans que cela remplace le dépôt de plainte.
La banque est-elle obligée de vous rembourser ?
Oui, dans la grande majorité des cas. L’article L133-18 du Code monétaire et financier l’impose : dès lors qu’une opération de paiement n’a pas été autorisée par vous, votre banque doit la rembourser. C’est le principe de base, pas l’exception.
La charge de la preuve repose entièrement sur la banque. C’est elle qui doit démontrer que vous avez commis une négligence grave, pas vous qui devez prouver votre bonne foi. Or la négligence grave a une définition juridique précise : un comportement caractérisé, traduisant une insouciance grave. Être trompé par un escroc qui affiche le vrai numéro de votre banque, agir sous pression psychologique intense, communiquer des codes en croyant sincèrement parler à votre conseiller : tout cela ne constitue pas une négligence grave aux yeux de la jurisprudence actuelle.
Les tribunaux rendent des décisions de plus en plus favorables aux victimes de spoofing bancaire. La Cour de cassation a confirmé ce cadre protecteur dans ses dernières décisions : la manipulation sophistiquée combinée à l’usurpation du numéro officiel de la banque ne peut pas être retournée contre la victime.
Que faire si la banque refuse de rembourser ?
Un refus de la banque n’est pas une fin de non-recevoir. Deux recours s’offrent à vous, à utiliser dans l’ordre.
La première étape est de saisir le médiateur bancaire. C’est gratuit, et ses coordonnées figurent sur vos relevés de compte ou sur le site de votre banque. Constituez un dossier solide avec toutes vos preuves, le courrier de refus de la banque et une copie de votre dépôt de plainte. Le délai de traitement est généralement de 90 jours. Cette procédure amiable est à tenter avant toute action judiciaire.
Si le médiateur ne suffit pas, la voie judiciaire reste ouverte. Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire compétent en invoquant l’article L133-18 et en exigeant que la banque apporte elle-même la preuve de votre négligence grave. Les décisions récentes sont majoritairement favorables aux victimes. Pour un accompagnement gratuit dans vos démarches, France Victimes est joignable au 116 006 (7j/7, 9h-19h) et la plateforme Info Escroqueries au 0 805 805 817 (du lundi au vendredi).
Comment ne plus tomber dans ce piège ?
Une règle suffit à retenir et elle est absolue : votre banque ne vous demandera jamais votre mot de passe, vos codes SMS, votre code secret de carte, ni de remettre votre carte à qui que ce soit. Ces informations sont strictement confidentielles, même pour votre vrai conseiller.
Les signaux qui doivent vous alerter immédiatement lors d’un appel entrant :
- Une urgence imposée qui ne vous laisse pas le temps de raccrocher et de rappeler vous-même
- Une demande de validation dans l’application « pour bloquer » une opération
- Une proposition d’installer un logiciel sur votre téléphone ou ordinateur
- Un transfert vers un « compte sécurisé » présenté comme une mesure de protection
Si vous avez le moindre doute, raccrochez. Rappelez ensuite votre banque en composant vous-même le numéro indiqué au dos de votre carte ou sur votre contrat. Ne composez jamais un numéro communiqué par l’appelant. Pour repérer en amont les utilisations suspectes sur votre carte bancaire, activez les alertes SMS sur chaque opération : c’est souvent le premier signal d’une fraude en cours.
Si votre problème concerne un conseiller réel (conseil inadapté, comportement abusif), la démarche est différente : contactez d’abord la direction de l’agence, puis le service réclamations de la banque, puis le médiateur bancaire. Cette situation est distincte de la fraude externe traitée dans cet article.


