Trois jours, sept jours, un seul : ces trois chiffres existent, et aucun n’est faux. Tout dépend de qui vous indemnise. Dans le privé, la Sécurité sociale ne verse rien pendant les 3 premiers jours, et le complément de votre employeur peut attendre 7 jours. Dans le public, un seul jour est retenu, sauf pour certains contractuels. Si votre arrêt approche ou a déjà commencé, l’inquiétude pour votre paie est légitime. Voici de quoi situer votre cas, compter vos jours et amortir la perte.
📌 L’essentiel à retenir
Privé : deux carences distinctes
3 jours côté Sécurité sociale, 7 jours côté complément employeur.
Public : un jour retenu
Trois jours seulement pour un contractuel de moins de 4 mois.
Jours calendaires
Week-ends compris, dès le lendemain du dernier jour travaillé.
| Situation | Qui indemnise | Carence | Modifiable |
|---|---|---|---|
| Salarié du privé | Sécurité sociale (IJ) | 3 jours | Non |
| Salarié du privé | Employeur (complément) | 7 jours par défaut | Oui, par convention collective |
| Titulaire ou contractuel d’au moins 4 mois | Employeur public | 1 jour | Non |
| Contractuel de moins de 4 mois | Sécurité sociale | 3 jours | Non |
Pourquoi parle-t-on à la fois de 3 jours et de 7 jours de carence dans le privé ?
Parce que deux payeurs interviennent, chacun avec son propre compteur. Les deux délais se superposent au lieu de s’exclure. Aucune réforme récente ne les a fusionnés : le chiffre de 8 jours qui circule vient du fait que le complément de l’employeur démarre le 8e jour, après 7 jours de carence.
La carence de 3 jours de la Sécurité sociale
La Sécurité sociale verse les indemnités journalières à partir du 4e jour d’arrêt, à hauteur de 50 % du salaire journalier de base. Pour 3 000 € bruts par mois, comptez environ 49 € par jour. Cette règle vaut pour tous les contrats (CDI, CDD, apprentissage) et figure aux articles L. 323-1 et R. 323-1 du Code de la Sécurité sociale.
La carence de 7 jours du complément employeur
Votre employeur doit compléter les IJ, mais après 7 jours de carence par défaut et sous condition d’ancienneté (un an en règle générale, article L. 1226-1 du Code du travail). Ce complément n’est dû que si la Sécurité sociale prend l’arrêt en charge. Une convention collective plus favorable peut raccourcir ce délai, voire le supprimer : beaucoup de salariés sont ainsi payés par leur employeur dès le premier jour.
Quel jour de carence pour un fonctionnaire ou un agent contractuel ?
Dans les trois versants (État, territoriale, hospitalière), un titulaire ou un stagiaire subit un seul jour de carence, y compris à l’Éducation nationale. Son traitement est maintenu dès le 2e jour. Le jour retenu équivaut à 1/30e du traitement mensuel : 70 € pour 2 100 € par mois.
Pour les contractuels, l’ancienneté tranche. Sous 4 mois, vous êtes alignés sur le privé avec 3 jours. Au-delà, vous passez à 1 jour. Les agents de droit privé employés par une administration (apprentis, contrats aidés) et les assistants maternels et familiaux restent à 3 jours.
Ce jour compte comme temps de service effectif : il n’a aucun effet sur votre carrière ni sur votre retraite. Aucune autorisation d’absence ni RTT ne permet de le compenser. Le dispositif a été supprimé puis rétabli, ce qui explique que l’on parle encore de « nouvelle loi » à son sujet.
Comment calculer son délai de carence et à partir de quand est-on indemnisé ?
Le décompte se fait en jours calendaires, week-ends et jours fériés compris, et non en jours ouvrés. La carence débute le lendemain du dernier jour travaillé. Deux cas particuliers : si vous consultez après votre journée de travail, elle commence le lendemain ; si le médecin constate l’arrêt un samedi, elle démarre dès ce samedi.
Prenons un salarié qui travaille jusqu’au lundi, consulte l’après-midi et obtient un arrêt jusqu’au dimanche de la semaine suivante. Les trois jours de carence tombent mardi, mercredi et jeudi. Les IJ démarrent le vendredi, et la reprise a lieu le lundi.
Un arrêt d’une seule journée n’est jamais indemnisé par la Sécurité sociale, puisque la carence de 3 jours n’est pas atteinte. Dans la fonction publique, une reprise de moins de 48 heures entre deux arrêts pour la même cause n’entraîne pas de nouveau jour de carence. Avec 3 jours de reprise, chaque arrêt a le sien. Et si vous devez prolonger votre arrêt sans retourner travailler, aucune nouvelle carence ne s’applique.
Transmettez l’avis d’arrêt à la CPAM sous 48 heures, même pendant la carence : il ouvre vos droits et vous met en règle vis-à-vis de votre employeur.

Comment éviter ou limiter le délai de carence sur son arrêt maladie ?
Deux pistes s’offrent à vous : vérifier d’abord si votre arrêt échappe à la carence, puis réduire l’impact sur votre paie si ce n’est pas le cas.
Les arrêts sans délai de carence
Certaines situations suppriment la carence, avec des règles propres à chaque secteur.
- Privé : accident du travail, congé de maternité, de paternité ou d’adoption.
- Public :
- accident de service ou maladie professionnelle (CITIS)
- congé de longue maladie, de longue durée ou de grave maladie
- maternité, paternité, adoption
- ALD : une seule carence sur 3 ans pour la même affection
Si votre congé est requalifié après coup (longue maladie, longue durée ou CITIS), le jour retenu vous est remboursé.
Les leviers pour toucher 100 % de son salaire
Si la carence s’applique, quatre vérifications peuvent réduire la perte.
- Votre convention collective : elle réduit parfois la carence employeur, voire la supprime.
- Votre contrat de prévoyance, d’entreprise ou individuel, qui peut couvrir tout ou partie des jours non payés.
- Votre ancienneté : elle conditionne le complément employeur et, pour un contractuel, le passage de 3 jours à 1 jour.
- La durée de l’arrêt : le taux du complément baisse au fil des semaines (de 90 % à 66 % environ).
Un échange avec votre service RH ou votre CPAM vous confirmera votre situation exacte avant la fin de votre arrêt.


